Accès aux plages à l’Ile Maurice, tout comprendre, guide complet
Accès aux plages à l’île Maurice : ce que dit vraiment la loi
« Private Beach ». Le panneau existe encore sur certaines portions du littoral mauricien, et il continue de dissuader des familles entières de poser leur serviette. Pourtant, il n’a aucune valeur juridique : à l’île Maurice, aucune plage n’est privée, et nul ne peut vous interdire de passer sur le rivage.
Mais le principe, énoncé ainsi, en dit à la fois trop et pas assez. Car la bande inconditionnellement publique est plus étroite qu’on ne l’imagine : c’est le sable que la mer vient recouvrir à marée haute. Au-delà de cette limite, le sable sec — celui où un hôtel plante ses transats, celui qui s’étend parfois sur des dizaines de mètres devant un campement — relève du domaine public, mais il peut être loué à bail. Et là, ce que le locataire a le droit d’interdire fait l’objet d’un débat juridique qui n’est toujours pas tranché. C’est de ce flou que naissent la quasi-totalité des malentendus, et l’essentiel des tensions.
Cette réalité est régulièrement rappelée par les autorités, la dernière fois par Shakeel Mohamed, ministre du Logement et des Terres, lors d’une conférence de presse tenue le 25 juin 2026 à Ébène. Mais entre le principe et le terrain, l’écart reste réel : clôtures, chaînes, accès dissuasifs, gardiens. Et à l’inverse, le droit d’accéder au sable n’autorise pas tout : il s’accompagne de règles précises, souvent ignorées, dont le non-respect est passible d’amendes et même de prison.
Ce guide fait le point sur ce que dit réellement la loi mauricienne : où s’arrête le domaine public, ce que vous avez le droit de faire sur une plage, ce qui est interdit, quelles sanctions vous encourez, et comment réagir si l’on vous refuse l’accès. Le sujet est complexe, les textes parfois anciens et leur interprétation débattue jusque dans les prétoires : nous présentons ici les choses telles que nous avons pu les synthétiser à partir des textes de loi et des sources officielles. Si un point vous semble inexact ou mal interprété, n’hésitez pas à nous contacter — nous le vérifierons et le rectifierons.
Sommaire
- Le principe : aucune plage n’est privée à Maurice
- Où s’arrête exactement le domaine public ?
- Le point contesté : les baux sur les Pas Géométriques
- Entraver le passage est un délit
- Les plages publiques déclarées et la Beach Authority
- Ce qui est autorisé et ce qui est interdit
- Feux, déchets, musique : les règles les plus ignorées
- Là où s’arrête le droit du public
- Les sanctions encourues
- Que faire si l’accès vous est refusé ?
- Un débat qui n’est pas clos
- Questions fréquentes
Le principe : aucune plage n'est privée à Maurice
Le fondement juridique remonte à la période française. En 1807, le général Decaen, alors gouverneur de l’Isle de France, réserve à l’État une bande de terre tout le long du littoral, pour des raisons de défense militaire. Ces terres réservées portent un nom qui a traversé les siècles : les Pas Géométriques. Le dispositif est consolidé en 1895 sous le nom de Pas Géométriques Act, et il est toujours en vigueur aujourd’hui.
Ce texte pose une règle sans ambiguïté : les Pas Géométriques font partie du domaine public. Ils sont inaliénables (l’État ne peut pas les vendre) et imprescriptibles (personne ne peut en devenir propriétaire par simple occupation prolongée, même après des décennies).
Le Code civil mauricien va dans le même sens : les rivages de la mer et leurs dépendances relèvent du domaine public maritime et ne peuvent être aliénés.
La conséquence est directe : il n’existe pas, à Maurice, de plage dont quelqu’un serait propriétaire. Ni un hôtel, ni un campement, ni un particulier ne peut acquérir un mètre de littoral. Un panneau « Private Beach » ne repose sur aucun titre de propriété.
Mais attention à ne pas en tirer une conclusion trop rapide, celle que l’on entend souvent : « donc toute la plage est ouverte à tous ». C’est inexact, et la suite de cet article explique pourquoi. Ne pas être propriétaire n’empêche pas d’être locataire — et un locataire peut, lui, restreindre l’accès à la parcelle qu’il occupe. La question décisive n’est donc pas « à qui appartient la plage ? » (la réponse est connue : à l’État), mais « jusqu’où va la portion sur laquelle personne ne peut m’empêcher de passer ? ».
Où s'arrête exactement le domaine public ?
La bande de sable comprise entre ces deux limites — que l’on appelle l’estran — est le cœur du droit d’accès. C’est la portion qui est recouverte par la mer à marée haute et découverte à marée basse. C’est là, et là seulement, que le passage du public est inconditionnellement protégé par la loi.
Il faut bien mesurer ce que cela implique. Cette bande peut être étroite — quelques mètres à peine sur certains sites. Le vaste tapis de sable sec que vous voyez s’étendre devant un hôtel ou un campement, parfois sur plusieurs dizaines de mètres, n’en fait pas partie : il se situe au-dessus de la limite de haute mer. C’est là toute la différence entre l’image que l’on se fait d’une « plage publique » et ce que le droit garantit réellement.
Peut-on chiffrer cette bande ? Au moins verticalement, oui. Maurice est un littoral dit microtidal : les marées y sont très faibles. D’après les tables de marées officielles des Mauritius Meteorological Services, l’écart entre marée basse et marée haute est le plus souvent de 30 à 70 centimètres, et il ne dépasse pratiquement jamais un mètre — là où il atteint plusieurs mètres sur les côtes atlantiques européennes. La largeur de l’estran dépend ensuite de la pente du sable : avec un dénivelé aussi faible, elle se limiterait le plus souvent à quelques mètres sur les plages de lagon en pente douce, et à deux ou trois mètres à peine là où le bord de plage est plus abrupt. Autre difficulté, soulignée jusque par la Law Reform Commission : la limite de haute mer de vive-eau n’est matérialisée par aucun marquage sur le terrain. En pratique, on la devine surtout à la laisse de mer — cette ligne d’algues, de brindilles et de débris que la marée dépose à son point le plus haut. C’est dire si « marcher sur l’estran » revient souvent, très concrètement, à marcher au bord de l’eau.
Au-delà de la limite de haute mer commencent les Pas Géométriques, sur une largeur qui, selon le texte, ne peut jamais être inférieure à 81 mètres et 21 centimètres. Ces terres appartiennent au domaine public — mais, on va le voir, elles peuvent être louées.

| Zone | Statut juridique | Droit du public | Peut-on vous en interdire l’accès ? |
|---|---|---|---|
| La mer et le lagon | Domaine public maritime | Baignade et navigation libres | Non |
| L’estran (entre basse et haute mer) | Domaine public, inaliénable | Passage libre garanti par la loi pénale | Non — l’entrave est un délit |
| Les Pas Géométriques (81,21 m minimum) | Domaine public, mais louable à bail | Variable selon que le terrain est loué ou non | Oui, sur la portion effectivement louée |
| La plage publique déclarée | Déclarée par arrêté et publiée au Journal officiel | Accès et usage libres, encadrés par la Beach Authority | Non |
| Le terrain au-delà (villa, campement, hôtel) | Propriété privée ou terrain loué | Aucun droit d’entrée | Oui — et c’est parfaitement légal |
Le point contesté : les baux sur les Pas Géométriques
Les Pas Géométriques appartiennent au domaine public et ne peuvent pas être vendus. Mais l’État peut les louer à bail — à des groupes hôteliers, à des promoteurs, à des particuliers qui y construisent un campement. Le locataire ne devient jamais propriétaire du terrain. La question, âprement débattue, est de savoir ce que son bail lui permet exactement d’interdire.
La lecture des autorités
Pour la Law Reform Commission, qui s’est penchée sur le sujet en juin 2024, le fait qu’une portion de Pas Géométriques soit louée pour un usage privé n’efface pas le droit du public : il resterait permis d’y marcher, d’y bronzer, voire d’y jouer, dans le respect d’autrui. C’est également la position réaffirmée avec force par le ministre Shakeel Mohamed le 25 juin 2026 : selon lui, aucun bail commercial ou privé ne donne le droit de s’approprier le littoral, et les détenteurs de baux ne peuvent en aucun cas empêcher le public d’accéder à la plage ou d’en profiter — résidents comme visiteurs.
La lecture des occupants
Les propriétaires de campements et les hôteliers font valoir un argument qui n’est pas sans force : ils ont signé des baux, ils les paient, et ces contrats leur confèrent un droit d’occupation de la parcelle. À leurs yeux, ce droit ne serait pas compatible avec un libre passage du public sur le terrain qu’ils occupent. Le ministre a d’ailleurs annoncé, dès le lendemain de sa conférence de presse, qu’il engagerait des consultations avec l’Attorney General au sujet de deux amendements qu’il jugerait nécessaire d’apporter à la législation — ce qui en dit long sur la solidité du cadre actuel.
Sur le terrain, cette lecture s’affiche désormais noir sur blanc. Certains hôtels ont remplacé le panneau « Private Beach » par de véritables avis juridiques, bilingues et soigneusement rédigés, informant le public que l’espace situé devant l’établissement « jusqu’à la ligne de haute marée » n’est pas un lieu public mais fait partie des Pas Géométriques sur lesquels l’hôtel détient un bail de l’État, en invoquant les articles 1778-1 à 1778-21 du Code civil mauricien — et qu’il est en conséquence interdit au public de s’y installer ou de s’y arrêter. Nous avons vérifié cette référence dans le texte du Code : ces articles existent bel et bien et régissent le bail à construction, un bail de 18 à 99 ans par lequel le preneur édifie des constructions sur le terrain du bailleur et qui lui confère un droit réel immobilier. Mais aucun de ces vingt et un articles n’énonce un « droit exclusif d’occupation » opposable au public : ils organisent la relation entre l’État et son locataire (durée, hypothèques, charges, réparations), rien de plus. L’exclusivité qu’affichent ces panneaux relève donc de l’interprétation — précisément celle que contestent la Law Reform Commission et le ministère. On notera d’ailleurs un détail révélateur : ces avis ne revendiquent le terrain que jusqu’à la limite de haute mer. Ce faisant, ils reconnaissent eux-mêmes, implicitement, le libre passage sur l’estran.
Ce qui, en revanche, ne se discute pas
Un point échappe à toute controverse : le droit de circuler sur l’estran, cette bande de sable comprise entre la limite de haute mer et l’eau. Ce droit-là est protégé par le droit pénal, et aucun bail ne peut l’annuler. C’est le socle sur lequel vous pouvez toujours vous appuyer.
Les chiffres donnent enfin la mesure de l’enjeu. Selon le rapport de la Law Reform Commission, sur environ 322 kilomètres de littoral mauricien, 90 kilomètres sont occupés par des hôtels, 60 kilomètres par des résidences privées, et à peine 48 kilomètres sont classés en plages publiques — soit moins de 15 % du trait de côte officiellement accessible au public. D’où le sentiment, largement partagé, d’un littoral qui se referme.
Entraver le passage est un délit
Le droit de passage du public n’est pas une simple recommandation morale : il est protégé par le droit pénal.
L’article 110 du Criminal Code (Supplementary) Act dispose que toute personne qui, sans autorisation légale, entrave ou empêche le libre passage d’un piéton sur le rivage commet une infraction, punie d’une amende pouvant atteindre 100 000 roupies.
Le texte précise la définition du rivage : il inclut la portion du littoral recouverte par la mer à marée haute et découverte à marée basse. C’est bien l’estran qui est visé.
Concrètement, installer une chaîne, une clôture ou un portail pour bloquer le passage sur le sable, lâcher un chien pour dissuader les promeneurs, ou poster un gardien chargé de refouler le public constituent des comportements susceptibles de tomber sous le coup de cet article. Il faut cependant relever que le texte réserve le cas de l’« autorisation légale » — ce qui renvoie précisément à la question des baux évoquée plus haut, et explique que l’application concrète puisse s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît.
Les plages publiques déclarées et la Beach Authority
À côté du régime général des Pas Géométriques, il existe une catégorie particulière : les plages publiques déclarées. Une plage devient officiellement publique lorsque le ministre en charge du logement et des terres la déclare comme telle par un avis publié au Journal officiel.
Ces plages sont gérées par la Beach Authority, un organisme créé par le Beach Authority Act de 2002. Sa mission : contrôler et gérer les plages publiques, y aménager des équipements, réguler les activités qui s’y déroulent et veiller à la sécurité des usagers. Depuis l’amendement de 2022, sa compétence s’étend à l’ensemble des îles de la République de Maurice, et non plus aux seules Maurice et Rodrigues.
Combien de plages publiques compte le pays ? La Law Reform Commission en recensait 134 officiellement répertoriées au Journal officiel en août 2022 ; la Beach Authority indique aujourd’hui en gérer environ 145, pour toujours environ 48 kilomètres de front de mer. Ces chiffres appellent une précision : un même site peut être découpé en plusieurs plages publiques au sens administratif. Ce que le public appelle « la plage de Flic en Flac » correspondrait ainsi à cinq plages publiques distinctes, et Pointe aux Piments à neuf. Le nombre officiel dit donc peu de chose sur la longueur réellement accessible.
C’est sur ces plages déclarées que l’on trouve, selon les sites, des toilettes, des points d’eau, des tables, des aires de barbecue et un nettoyage régulier. Ce sont aussi celles où les règles d’usage sont les plus détaillées : elles font l’objet d’un règlement spécifique, les Beach Authority (Use of Public Beach) Regulations 2004.
La plupart des plages que les visiteurs fréquentent — Mont Choisy, Belle Mare, Pereybère, Le Morne, Blue Bay ou Pointe d’Esny — relèvent de cette catégorie. Vous les retrouvez toutes dans notre guide des plages de l’île Maurice.
Ce qui est autorisé et ce qui est interdit
Le droit d’accès ne signifie pas que tout est permis. Les règlements de 2004 encadrent précisément l’usage des plages publiques. Voici l’essentiel, tel qu’il figure dans le texte.
| Activité | Ce que dit le règlement |
|---|---|
| Se promener, s’asseoir, se baigner, bronzer, pique-niquer | Autorisé et gratuit, pour les résidents comme pour les visiteurs |
| Faire un feu ou un barbecue | Uniquement aux emplacements désignés. Interdit de laisser un feu sans surveillance avant extinction complète |
| Venir avec un chien | Autorisé en laisse de 2 mètres maximum, suffisamment solide pour que l’animal ne puisse s’en libérer |
| Jouer au football ou au volley | Uniquement dans les zones prévues à cet effet par la Beach Authority |
| Circuler ou stationner en véhicule (voiture, moto, vélo) | Interdit sur la plage, sauf emplacements désignés |
| Monter à cheval | Autorisation écrite obligatoire de la Beach Authority, avec redevance mensuelle par cheval |
| Organiser une animation publique (musique, danse, spectacle) | Autorisation préalable obligatoire, à demander au moins 21 jours à l’avance, avec caution et redevance journalière |
| Utiliser un pédalo, un kayak, une planche | Interdit dans la zone de baignade (bouées jaunes) et dans la zone tampon (bouées rouges) |
| Amarrer un bateau | Uniquement dans les zones de mouillage désignées, sauf alerte cyclonique |
| Abandonner des déchets | Interdit hors des poubelles et zones prévues |
| Toucher aux arbres, aux herbes, aux panneaux, aux bouées | Interdit d’endommager la flore ou le mobilier de la plage |
| Camper, planter une tente | Autorisation de la Beach Authority requise. Une tente est juridiquement une « structure » au sens de l’article 12A de la loi de 2022 (voir la section sur les sanctions) |
| Ériger une structure, poser un panneau (y compris un panneau « Private Beach ») | Interdit sans autorisation écrite de la Beach Authority — quelle que soit la personne qui l’installe, riverain compris |
Feux, déchets, musique : les règles les plus ignorées
Trois sujets reviennent systématiquement dans les doléances, à Maurice comme ailleurs : les déchets, les feux et le bruit.
Les déchets
C’est le premier fléau des plages mauriciennes. Après chaque week-end prolongé ou période de vacances scolaires, les équipes d’entretien ramassent plusieurs tonnes de bouteilles, canettes, restes alimentaires, mégots et sacs abandonnés. Au-delà de l’aspect visuel, les conséquences sont concrètes : les plastiques se fragmentent en microplastiques absorbés par les poissons et les tortues marines, les restes de nourriture attirent chiens errants et rats, et les bouteilles cassées deviennent des pièges pour les enfants qui marchent pieds nus.
Le règlement est clair : abandonner un objet, un déchet ou un détritus ailleurs que dans les réceptacles ou zones prévues constitue une infraction. Il est également interdit de déverser dans le milieu marin tout déchet, liquide huileux, acide ou substance chimique ou polluante.
Les feux et les barbecues
Le barbecue en famille fait partie du mode de vie mauricien, mais il obéit à une règle stricte : on n’allume un feu qu’aux emplacements désignés par la Beach Authority. Et l’on ne quitte pas les lieux avant que le feu soit complètement éteint. Les braises abandonnées détériorent le sable, fragilisent les racines des filaos et peuvent déclencher des départs d’incendie.
Le bruit
C’est le point le plus délicat sur le plan juridique. Les enceintes portatives diffusant de la musique à fort volume toute la journée sont régulièrement dénoncées, tant par les autres usagers que par les riverains. Le règlement de 2004 soumet bien les « animations publiques » — musique, danse, chant, spectacles — à une autorisation préalable de la Beach Authority. Mais ce dispositif vise des événements organisés auxquels le public est convié, et non le poste de musique d’une famille en pique-nique.
Le ministre du Logement et des Terres l’a lui-même précisé, dès le lendemain de sa conférence de presse de fin juin 2026 : l’exigence d’autorisation ne concernerait pas le fait de jouer de la musique à plein volume — pas davantage que de planter une tente ou de faire un barbecue. Autrement dit, la nuisance sonore ordinaire se situe dans une zone grise : elle relèverait aujourd’hui davantage du savoir-vivre que de la contravention aisément verbalisable. C’est précisément l’un des points sur lesquels un renforcement du cadre est réclamé, et sur lesquels le ministre a annoncé vouloir consulter l’Attorney General.
Là où s'arrête le droit du public
Le rappel du caractère public des plages en a produit un autre, en sens inverse : certains en ont conclu que l’accès au sable leur ouvrait aussi les jardins, les terrasses et les équipements des propriétés voisines. C’est faux, et il faut le dire aussi nettement.
Le domaine public s’arrête précisément là où commence la propriété d’autrui. Le droit de marcher sur le sable ne donne jamais celui de franchir une clôture, de contourner une haie, de s’installer sur une pelouse privée, d’utiliser un robinet, une douche, une prise électrique ou les sanitaires d’un particulier.
Les témoignages de riverains se ressemblent d’une région à l’autre : chaînes déplacées, pelouses transformées en aires de pique-nique, rallonges électriques branchées sans autorisation, terrasses occupées plusieurs heures durant, mobilier déplacé, plantations piétinées. Ces comportements restent le fait d’une minorité, mais ils nourrissent une exaspération croissante — et, à terme, un risque de confrontation directe dont personne n’a intérêt.
Le droit d’accès du public et le droit des riverains à la tranquillité chez eux ne s’opposent pas : ils se complètent. C’est la condition pour que le premier reste défendable.
Les sanctions encourues
Attention : les sanctions ont été fortement alourdies en 2022. Le Beach Authority (Amendment) Act, voté au Parlement en mai de cette année-là, a considérablement relevé les montants et étendu les pouvoirs de la Beach Authority. Les informations que l’on trouve encore sur bien des sites, fondées sur les règlements de 2004, sont donc dépassées.
Trois changements majeurs sont à retenir. Les officiers de la Beach Authority peuvent désormais verbaliser au même titre que la police. Un système d’amendes forfaitaires (Fixed Penalty Notices), payables sous 28 jours auprès de la cour de district, a été instauré. Et l’Autorité peut délivrer un ordre d’arrêt (Stop Order) pour faire cesser un aménagement ou une activité illégale.
| Infraction | Texte applicable | Sanction maximale |
|---|---|---|
| Entraver ou empêcher le libre passage d’un piéton sur le rivage | Article 110 du Criminal Code (Supplementary) Act | 100 000 roupies d’amende |
| Ériger une structure ou afficher un panneau sur une plage publique sans autorisation (y compris une tente) | Article 12A du Beach Authority (Amendment) Act 2022 | 100 000 roupies d’amende et 2 ans d’emprisonnement |
| Exercer une activité ou un commerce sur une plage publique sans autorisation | Beach Authority (Amendment) Act 2022 | 100 000 roupies d’amende et 2 ans d’emprisonnement |
| Ne pas se conformer à un Stop Order | Beach Authority (Amendment) Act 2022 | 100 000 roupies d’amende et 2 ans d’emprisonnement |
| Conduire, rouler ou stationner un véhicule sur une plage publique (voiture, moto, vélo) | Amende forfaitaire prévue par la loi de 2022 | Amende forfaitaire, à défaut de paiement le montant serait doublé |
| Infraction aux règlements pris en application de la loi (déchets, feu, chien non tenu, flore endommagée…) | Règlements pris sous le Beach Authority Act, tels qu’amendés en 2022 | Amende portée à 50 000 roupies (contre 10 000 auparavant) |
Le régime des amendes forfaitaires prévoirait par ailleurs une gradation : une première infraction serait sanctionnée par une amende de l’ordre de 10 000 à 20 000 roupies, assortie d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à six mois ; en cas de récidive, le montant grimperait entre 20 000 et 50 000 roupies, avec une peine pouvant atteindre douze mois. En cas de refus de payer, le contrevenant devrait s’acquitter d’au moins le double de la somme initiale.
Un point mérite d’être souligné, car il retourne l’argument des panneaux : afficher un panneau « Private Beach » sur une plage publique sans autorisation constitue, en soi, une infraction au titre de l’article 12A. Le panneau censé écarter le public est lui-même hors la loi.
La question de l’application effective reste toutefois entière. Le nombre de contraventions réellement dressées chaque année et les moyens humains dont disposent les Beach Rangers lors des pics de fréquentation font l’objet d’interrogations récurrentes dans le débat public mauricien.
Que faire si l'accès vous est refusé ?
Vous êtes sur une plage, un gardien vous demande de partir, ou une chaîne barre le passage sur le sable. Voici la marche à suivre.
- Gardez votre calme et n’entrez pas en conflit. Une altercation ne réglera rien et peut se retourner contre vous.
- Vérifiez où vous vous trouvez. Êtes-vous sur le sable, en contrebas de la limite de haute mer ? Ou avez-vous franchi une clôture pour vous installer sur un terrain loué ou une propriété privée ? La distinction est déterminante.
- Rappelez le principe, sans agressivité. Les plages relèvent du domaine public et l’entrave au passage sur le rivage est une infraction pénale.
- Documentez la situation si vous le pouvez : photographiez le panneau, la chaîne ou la barrière, notez le lieu exact, la date et l’heure.
- Signalez les faits. C’est d’ailleurs ce à quoi le ministre Shakeel Mohamed a lui-même invité les citoyens en juin 2026. Trois interlocuteurs officiels peuvent être saisis, coordonnées ci-dessous.
Les entraves à l’accès peuvent être rapportées :
- à la police — numéro d’urgence 999, ou le poste de police le plus proche (voir notre article sur les numéros d’urgence à l’île Maurice) ;
- à la Beach Authority, qui gère les plages publiques — téléphone (+230) 468 6209 à 6212, e-mail beachauthority@intnet.mu ;
- au ministère du Logement et des Terres (Ministry of Housing and Lands), qui gère les baux sur les terrains de l’État et dispose du pouvoir d’intervenir — téléphone (+230) 401 6808 / 401 6809, Ebène Tower, Ébène.
Un conseil de bon sens pour les visiteurs : la grande majorité des séjours se déroulent sans le moindre incident de ce type. Ces situations existent, mais elles restent l’exception, et elles concernent davantage certains secteurs très bâtis du littoral que les plages publiques aménagées.
Un débat qui n'est pas clos
Le rappel du ministre en juin 2026 ne crée aucun droit nouveau : il réaffirme un principe déjà inscrit dans la loi et confirmé à plusieurs reprises par la Cour suprême. Mais il ne s’est pas limité aux mots. Le ministre a annoncé avoir officiellement demandé au commissaire de police d’engager des poursuites contre les personnes qui restreignent illégalement l’accès du public aux plages, averti que toute installation illégale serait démantelée, et lancé un audit national des accès aux plages destiné à évaluer leur état, leur légalité et leur accessibilité. Il a également conseillé à ceux qui ont installé des panneaux « Private Beach » de les faire enlever sans délai.
Le gouvernement dit par ailleurs vouloir agrandir le domaine des plages publiques, et pas seulement le défendre : la plage de Pomponette, dans le sud, a été reproclamée plage publique, la reproclamation d’une partie de la plage de Balaclava — retirée du domaine public en 2008 puis louée à un opérateur hôtelier — est à l’étude, et un sentier côtier reliant plusieurs sites de la côte sud a récemment été ouvert pour améliorer l’accessibilité du littoral.
Le dossier n’est pas refermé pour autant. Dès juin 2024, la Law Reform Commission avait publié un document de travail intitulé Criminalisation of denial of access to public beaches in Mauritius. Elle y proposait notamment d’amender le Beach Authority Act pour ériger en infraction pénale le refus d’accès du public, avec une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 roupies et une peine d’emprisonnement pouvant atteindre deux ans. Elle suggérait également la création d’une zone d’accès public garantie le long du littoral, un renforcement des patrouilles de plage, ainsi qu’un code de bonne conduite à destination des usagers. À ce jour, ces propositions n’ont pas été suivies d’effet — et les consultations annoncées avec l’Attorney General montrent que le cadre légal reste, de l’aveu même des autorités, à consolider.
Un autre facteur, plus insidieux, complique encore les choses : l’érosion côtière. La limite de haute mer, sur laquelle repose tout l’édifice juridique, n’est pas une ligne figée. Avec la montée des eaux et le recul du trait de côte, elle se déplace vers l’intérieur des terres. Sur certaines portions du littoral, l’estran s’est tellement réduit que « marcher sous la limite de haute mer » revient, en pratique, à marcher dans l’eau. Le droit repose sur une géographie qui bouge — et c’est l’un des angles morts du dispositif actuel.
Questions fréquentes
Existe-t-il des plages privées à l’île Maurice ?
Non, au sens où personne n’est propriétaire d’une plage : le littoral appartient au domaine public de l’État, inaliénable et imprescriptible, et un panneau « Private Beach » n’a aucune valeur juridique. Mais cela ne signifie pas que toute la plage vous est ouverte : le sable sec situé au-dessus de la limite de haute mer peut être loué à bail, et son occupant peut alors en restreindre l’accès. Seul l’estran — la bande que la mer recouvre à marée haute — vous est garanti en toutes circonstances.
Puis-je marcher devant un hôtel de luxe sur la plage ?
Oui, en longeant le rivage : sur l’estran, c’est-à-dire la bande que la mer recouvre à marée haute, votre passage ne peut pas être entravé. En revanche, le sable sec plus haut, où sont installés les transats et le bar de plage, se trouve généralement sur un terrain loué par l’hôtel : celui-ci est en droit d’en réserver l’usage à ses clients. En pratique, on passe donc près de l’eau, pas au milieu des transats.
Que risque quelqu’un qui bloque l’accès à une plage ?
L’article 110 du Criminal Code (Supplementary) Act prévoit une amende pouvant atteindre 100 000 roupies pour quiconque entrave, sans autorisation légale, le libre passage d’un piéton sur le rivage.
Peut-on faire un barbecue sur une plage mauricienne ?
Uniquement aux emplacements désignés par la Beach Authority. Allumer un feu ailleurs, ou laisser un feu sans surveillance avant son extinction complète, constitue une infraction passible d’une amende et d’une peine d’emprisonnement.
Puis-je venir sur la plage avec mon chien ?
Oui, à condition que l’animal soit tenu en laisse de 2 mètres au maximum, et que cette laisse soit assez solide pour qu’il ne puisse pas s’en libérer.
Le camping est-il autorisé sur les plages publiques ?
Il est soumis à l’autorisation préalable de la Beach Authority. Depuis la loi de 2022, une tente est considérée comme une « structure » : en planter une sur une plage publique sans autorisation constituerait une infraction, théoriquement passible d’une amende pouvant atteindre 100 000 roupies et de deux ans d’emprisonnement. Ce point a suscité une vive controverse à Maurice, et le ministre du Logement et des Terres a déclaré fin juin 2026 que l’exigence d’autorisation ne visait pas le fait de planter une tente. Devant cette incertitude, la prudence commande de se renseigner directement auprès de la Beach Authority — (+230) 468 6209 — avant tout projet de camping.
Pourquoi certains accès sont-ils si difficiles à trouver ?
Parce que le littoral est bordé de terrains loués par l’État à des particuliers ou à des hôtels. Ces baux confèrent un droit d’occupation qui permet de restreindre l’accès à la parcelle louée. Les chemins publics piétons subsistent, mais ils sont parfois étroits, peu signalés et coincés entre deux propriétés.
Un locataire de terrain sur les Pas Géométriques est-il propriétaire de la plage ?
Non. Les Pas Géométriques appartiennent au domaine public et ne peuvent pas être vendus. Un bail confère un droit d’occupation temporaire du terrain loué, jamais un droit de propriété sur le sable.
Avertissement important : les informations juridiques présentées dans cet article sont données à titre informatif et de vulgarisation. Elles ne constituent pas un avis juridique et ne sauraient s’y substituer. La législation, les règlements et leur interprétation par les tribunaux peuvent évoluer, et l’application concrète des textes peut varier selon les circonstances de chaque situation. Les coordonnées téléphoniques mentionnées sont celles publiées par les organismes concernés à la date de mise à jour de cet article et peuvent changer. Toute personne confrontée à un litige relatif à l’accès au littoral est invitée à se rapprocher des autorités compétentes — police, ministère du Logement et des Terres, Beach Authority — ou à consulter un homme de loi. Malgré tout le soin apporté à la synthèse des textes, une inexactitude ou une interprétation perfectible reste possible : si vous en repérez une, signalez-la-nous, nous la vérifierons et la corrigerons. L’auteur et l’éditeur ne sauraient être tenus responsables des conséquences d’une décision prise sur la seule base de cet article. Voir les CGU (Article 12).
Dernière mise à jour : juillet 2026
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