Le 191ᵉ anniversaire de l’abolition de l’esclavage à l’Île Maurice : un mois de mémoire et de réflexion
L’essentiel en quelques mots
Du 31 janvier au 28 février 2026, l’Île Maurice commémore le 191ᵉ anniversaire de l’abolition de l’esclavage proclamée le 1ᵉʳ février 1835.
Le ministère des Arts et de la Culture organise un vaste programme sous le thème « Justice for Africans and Peoples of African descent through reparations ».
Les cérémonies débuteront par trois dépôts de gerbes sur les sites emblématiques : Bassin des Esclaves à Pamplemousses, Monument aux Esclaves à Mahébourg et Fort Frederik Hendrik à Vieux Grand Port.
Le point d’orgue se tiendra le 1ᵉʳ février au Morne Brabant, montagne sacrée classée au patrimoine mondial UNESCO, symbole de la résistance des esclaves marrons.
Expositions, concours artistiques et programmes éducatifs ponctueront ce mois de mémoire nationale.
Un programme commémoratif d’envergure
Le gouvernement mauricien, à travers le ministère des Arts et de la Culture, a organisé une série d’événements qui se dérouleront sur plusieurs sites emblématiques de l’île. Cette année, les commémorations prennent une dimension internationale en abordant la question des réparations liées à l’esclavage, un débat qui résonne bien au-delà des frontières mauriciennes.
Le programme a été élaboré en partenariat avec plusieurs institutions patrimoniales majeures : le Le Morne Heritage Trust Fund, le Nelson Mandela Centre for African Culture, l’Intercontinental Slavery Museum Mauritius Ltd, le National Heritage Fund et la National Art Gallery.
Les cérémonies sur les lieux de mémoire
La trilogie des dépôts de gerbes (31 janvier 2026)
Les commémorations débuteront le 31 janvier 2026 par trois cérémonies de dépôt de gerbes sur les sites historiques les plus emblématiques de l’île Maurice :
Le Bassin des Esclaves à Pamplemousses : ce lieu chargé d’histoire était autrefois l’endroit où les esclaves étaient vendus aux enchères. La première cérémonie y rendra hommage aux milliers de personnes réduites en esclavage qui ont transité par ce site.
Le Monument aux Esclaves de Pointe Canon à Mahébourg : situé dans le sud-est de l’île, ce monument commémore la mémoire des esclaves et constitue un important lieu de recueillement.
Le Frederik Hendrik Historical Site à Vieux Grand Port : ce site revêt une importance particulière dans l’histoire de la résistance à l’esclavage, notamment en lien avec l’acte de rébellion d’Anna van Bengal.
La cérémonie officielle au Morne Brabant (1ᵉʳ février 2026)
Le point d’orgue des commémorations se tiendra le 1ᵉʳ février au International Slave Route Monument, situé face à la plage publique du Morne. Cette date marque l’anniversaire de l’abolition officielle de l’esclavage à l’Île Maurice en 1835 par les autorités britanniques, suite au vote de la loi du Parlement britannique en 1833.
La cérémonie officielle sera suivie d’un programme culturel mettant en valeur le patrimoine créole et africain. Le Morne Brabant, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008 sous l’appellation « Paysage culturel du Morne », demeure le symbole par excellence de la résistance des esclaves marrons à l’Île Maurice.
Le Morne Brabant : symbole de liberté et de résistance
Cette imposante montagne de 555 mètres, située dans le sud-ouest de l’île, servait de refuge aux esclaves en fuite durant les XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles. Ses versants abrupts et sa végétation dense offraient un abri naturel difficile d’accès pour les autorités coloniales. Les esclaves marrons y formaient de petites communautés dans les grottes et au sommet.
Selon la tradition orale, certains esclaves réfugiés au sommet se seraient jetés dans le vide à l’approche des troupes britanniques venues annoncer l’abolition, préférant la mort à ce qu’ils croyaient être une tentative de capture. Bien que les recherches archéologiques menées par l’Université de Maurice en 2003 n’aient pas confirmé cette version, le récit demeure profondément ancré dans la mémoire collective mauricienne.
Anna van Bengal : figure de la résistance
Un hommage particulier sera rendu à Anna van Bengal (également orthographiée Anna de Bengale), figure emblématique de la résistance à l’esclavage. Cette femme esclave, originaire d’Asie du Sud, a participé le 18 juin 1695 à l’incendie du Fort Frederick Hendrik à Vieux Grand Port, aux côtés d’autres esclaves marrons dont Aaron d’Amboine, Antoni dit Bamboes, Paul de Batavia et une autre femme nommée Espérance.
Cet acte de rébellion constitue le premier acte d’insurrection documenté des travailleurs asservis à Maurice durant l’occupation hollandaise. Anna van Bengal incarne aujourd’hui un symbole de liberté et de résistance, particulièrement mis en avant comme figure féminine de la lutte contre l’oppression.
Un programme culturel et éducatif riche
Expositions et manifestations artistiques
Le Nelson Mandela Centre for African Culture, en collaboration avec la National Art Gallery, présentera de février à mars 2026 une exposition intitulée « Esclavage : Réparations et Restitution ». Cette exposition sera accompagnée d’un concours de peinture et d’une compétition de slam au Lespas Lar de Pointe aux Sables, visant à impliquer les jeunes générations dans la transmission de cette mémoire.
Lancement littéraire et expositions historiques
Le 2 février 2026, le livre de Nicholas Couronne « Le Regard de l’Ancêtre Esclave » sera lancé, accompagné d’une double exposition consacrée à Furcy Madeleine et Constance Couronne. Furcy Madeleine (1786-1856) est une figure historique majeure qui a mené durant 27 ans (de 1817 à 1845) un combat juridique pour recouvrer sa liberté, son histoire étant emblématique des luttes individuelles contre l’esclavage.
Programme éducatif itinérant
Le National Heritage Fund déploiera pendant tout le mois de février une exposition éducative itinérante sur l’abolition de l’esclavage dans les écoles et centres régionaux de l’Île Maurice. Cette initiative pédagogique vise à ancrer dans la conscience des jeunes générations la compréhension de cet héritage historique et de ses implications contemporaines.
L’histoire de l’esclavage à l’Île Maurice
Les périodes coloniales successives
L’histoire de l’esclavage à Maurice débute avec l’occupation hollandaise entre 1638 et 1710. Le commandant Adriaan van der Stel fit venir une centaine d’esclaves malgaches dans les années 1640. Après le départ des Hollandais, les Français colonisèrent l’île au XVIIIᵉ siècle, la rebaptisant « Isle de France ».
Durant la période française, l’île devint un carrefour majeur de la traite négrière. Quelque 160 000 esclaves africains et malgaches furent amenés vers les Mascareignes tout au long du XVIIIᵉ siècle pour travailler dans les plantations de canne à sucre et construire les infrastructures de la colonie : port, routes, bâtiments publics.
En 1810, les Britanniques prirent possession de l’île et lui rendirent son nom de Maurice. À cette époque, la population était composée à 70% d’esclaves. Les Britanniques en importèrent encore environ 60 000 jusqu’à l’interdiction de la traite en 1833.
L’abolition progressive de l’esclavage
Le 1ᵉʳ février 1835 marque la date officielle de l’abolition de l’esclavage à Maurice, mais la réalité fut plus complexe. Après le vote de la loi par le Parlement britannique en 1833, les propriétaires d’esclaves résistèrent et négocièrent un système transitoire appelé « apprentissage » (apprenticeship), qui maintenait les anciens esclaves dans une situation de dépendance sur les propriétés.
Ce n’est qu’en 1839, suite à l’intervention de la Société anti-esclavagiste britannique qui dénonça ce système comme une forme déguisée d’esclavage, que l’abolition devint effective. Londres proposa alors une indemnisation à hauteur de 40% de la valeur estimée de chaque esclave (1,2 million de livres sterling au total), ce qui permit enfin une abolition réelle.
Le 1ᵉʳ février 1835, 66 343 personnes furent affranchies à Maurice.
Les lieux de mémoire à Maurice
Au-delà du Morne Brabant, plusieurs sites de l’île témoignent de cette histoire :
Le Bassin des Esclaves à Pamplemousses : lieu où les esclaves étaient vendus aux enchères durant la période coloniale.
Le Fort Frederick Hendrik à Vieux Grand Port : site de la première révolte documentée d’esclaves en 1695, lieu aujourd’hui honoré pour le courage d’Anna van Bengal.
L’Intercontinental Slavery Museum à Port-Louis : installé dans l’ancien hôpital militaire, ce musée documente l’histoire de l’esclavage à Maurice et dans l’océan Indien.
L’Aapravasi Ghat à Port-Louis : ouvert en 2006, ce musée classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2006 témoigne de l’histoire de l’engagisme, système de travail sous contrat qui remplaça l’esclavage et fit venir des centaines de milliers de travailleurs indiens.
L’impact de l’abolition sur la société mauricienne
L’abolition de l’esclavage a profondément transformé le tissu social, culturel et économique de l’Île Maurice. Après 1835, les Britanniques firent venir des travailleurs engagés (indentured labourers) d’Inde pour remplacer la main-d’œuvre servile dans les plantations sucrières. Cette migration massive créa le caractère multiculturel unique de l’île.
Aujourd’hui, la population mauricienne descend d’ancêtres africains, malgaches, indiens, chinois et européens. Cette diversité se reflète dans tous les aspects de la vie insulaire : langue, cuisine, musique, festivals et traditions religieuses.
Le séga : musique de la liberté
L’abolition a également favorisé le développement de formes musicales distinctes, notamment le séga, genre musical enraciné dans l’expérience des esclaves africains et malgaches. Avec ses rythmes caractéristiques et ses mélodies expressives, le séga est devenu la bande-son de la résistance et de la liberté. Dans les années 1980, le seggae, fusion du séga et du reggae popularisée par l’artiste Kaya, a porté l’identité musicale mauricienne sur la scène internationale.
Le créole mauricien : langue de survie devenue langue nationale
Le créole mauricien s’est développé comme moyen de communication entre les esclaves africains et malgaches et les colons français. Née comme langue de survie et de résistance, elle est devenue la langue maternelle de la grande majorité des Mauriciens, symbole vivant de l’héritage de l’esclavage transformé en richesse culturelle.
La reconnaissance internationale
Le 8 août 2004, le Parlement de l’Île Maurice a approuvé une motion parlementaire reconnaissant pour la première fois que l’esclavage et la traite négrière étaient des crimes contre l’humanité. Cette reconnaissance officielle a marqué un tournant dans la manière dont Maurice aborde cet héritage douloureux.
Le 1ᵉʳ février est jour férié à Maurice depuis de nombreuses années, permettant à la nation entière de se recueillir et de réfléchir à ce pan de son histoire.
Le thème des réparations
Cette année, le thème « Justice for Africans and Peoples of African descent through reparations » inscrit les commémorations mauriciennes dans un débat international plus large sur les réparations liées à l’esclavage et à la colonisation. Cette question anime désormais les discussions entre pays anciennement colonisateurs et anciennes colonies, portant sur la reconnaissance, la compensation et la restitution du patrimoine.
Informations pratiques pour les visiteurs
Les commémorations du 191ᵉ anniversaire de l’abolition de l’esclavage sont ouvertes au public. Les sites principaux à visiter sont :
- Le Morne Brabant : accessible en randonnée guidée, offrant des vues spectaculaires et une immersion dans l’histoire
- Le Bassin des Esclaves à Pamplemousses : situé dans le nord de l’île, près du célèbre Jardin Botanique
- Le Fort Frederick Hendrik à Vieux Grand Port : dans le sud-est, près de Mahébourg
- L’Intercontinental Slavery Museum à Port-Louis : en centre-ville, accessible toute l’année
Le 1ᵉʳ février étant jour férié, les commerces et administrations sont fermés. Les cérémonies officielles sont gratuites et ouvertes à tous.
Conclusion
Le 191ᵉ anniversaire de l’abolition de l’esclavage à l’Île Maurice ne se limite pas à une commémoration du passé. Il rappelle que la liberté, la justice et l’égalité demeurent des combats permanents. En honorant la mémoire des esclaves et en reconnaissant leur contribution à la construction de la nation mauricienne, l’île pose les bases d’un avenir plus juste et plus conscient de son héritage.
Ces commémorations témoignent de la maturité d’une nation capable de regarder son histoire en face, d’honorer la souffrance de ses ancêtres tout en célébrant la résilience qui a façonné son identité multiculturelle unique. Maurice offre ainsi au monde un exemple de transformation de la douleur historique en richesse culturelle et en force collective.
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